15 mars 2009
Projet Hadopi
Non là franchement, je ne peux plus me taire.
Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé de zapper le sujet tant il
est controversé. Mais là, face à tant de connerie, il faut bien réagir.
Je veux bien admettre que chaque camp essaye de défendre son bout de
gras mais il y a un moment ou il faut arrêter de délirer et accepter de
regarder les choses en face. Manifestement, certaines personnes au
gouvernement (et ailleurs aussi) semblent en être totalement incapable.
Qu’est ce que le projet Hadopi ?
C’est un projet de loi basé sur un rapport de Denis Olivennes, alors
PDG de la FNAC et qui consiste à instaurer une riposte graduée face aux
pirates qui téléchargent des œuvres culturelles de façon illégale.
Cette riposte serait gérée par un organisme répondant au nom d’HADOPI
(Haute Autorité pour la Diffusion des Œuvres et la Protection des
droits sur Internet). Le principe est le suivant :
Le système anti-piratage s'appuiera sur le principe de la « riposte
graduée » (deux avertissements, puis des sanctions). Repéré par
l'industrie audiovisuelle, qui scrute les réseaux, l'internaute
soupçonné de téléchargement illégal recevra tout d'abord un e-mail
d'avertissement, envoyé par son FAI mais signé par l’HADOPI. Les
sénateurs ont précisé le mécanisme en prévoyant que l'e-mail n'indique
pas la nature des contenus téléchargés. En cas de récidive dans les six
mois, l'internaute recevra un nouvel avertissement, toujours par
e-mail, mais celui-ci pourra être complété par une lettre recommandée
avec accusé-réception. Si l'internaute continue ses agissements au
cours de l'année qui suit, il sera sanctionné. Suivant la gravité des
faits, il encourra une suspension de son abonnement à Internet pour une
durée de un mois à un an (avant le vote des sénateurs, le texte
prévoyait un minimum de trois mois), « assortie de l'impossibilité de
souscrire pendant la même période un autre contrat [...] auprès de tout
opérateur ». Dans ce cas, l'internaute sera inscrit sur une « liste
noire » d'abonnés consultée par tous les FAI. Mais, avant d'en arriver
là, il pourra conclure une transaction avec l’HADOPI : s'il reconnaît
les faits et s'engage par écrit à cesser tout téléchargement illégal,
son abonnement ne sera suspendu que pendant un à trois mois maximum. Ou
alors, il pourra se voir proposer une limitation de son accès à
Internet plutôt qu'une suspension totale. L'internaute pourra également
adresser un recours auprès d'un juge s'il conteste les faits qui lui
sont reprochés.
La ministre de la Culture et de la Communication, Christine Albanel, a
présenté son projet de loi à l’assemblée nationale. Elle a déclaré «
C'est un projet ambitieux car il vise à ce que la France saisisse la
chance inédite que représente internet pour la Culture ». « Mais aussi
un projet réaliste qui ne prétend pas, bien entendu, éradiquer
complètement ce phénomène de masse que constitue le piratage des œuvres
culturelles sur internet ». La ministre a jugé "accablante" la
situation actuelle en matière de piratage. "C'est à un véritable
désastre économique et culturel que nous sommes en train d'assister"
a-t-elle dit. Le marché de la musique à chuté de 50% durant ces 5
dernières années. On estime à 450.000 téléchargements de films illégaux
par jour ce qui est autant de places en moins vendues par les cinémas.
Pourquoi une telle ampleur ?
Maintenant, essayons de comprendre pourquoi nous en sommes là. Si vous
le voulez bien, nous allons commencer par le cinéma. Prenons une
famille type, un papa, une maman et deux enfants. Ils décident d’aller
voir le dernier Disney. A Paris, la place de cinéma est à 9.40 € soit
un total de 37,60 € rien que pour le film. Si vous ajoutez
l’incontournable cornet de pop-corn vendu bien cher pour ce que c’est,
vous réalisez que la sortie vous revient à près de 50 €. On comprend
très vite qu’à ce prix là, allez au cinéma revient très cher. Les
passionnés de cinéma peuvent toujours opter pour une carte illimitée à
20 € par mois. Personnellement, c’était mon cas mais cela revient quand
même à 80 € pour la famille. Il faut pouvoir les sortir. Quand on gagne
bien sa vie (et encore) on y arrive mais tout le monde n’est pas dans
ce cas. Les petits revenus sont légions en France (et pas qu’en France
du reste). Comment font ceux qui ne peuvent pas acheter un billet à
9.50 € x 4 ou plus ? Tout le monde n’a pas un salaire de ministre. Mais
ça, Madame la Ministre semble avoir du mal à le comprendre.
Il y a pourtant un paradoxe. En France, il est interdit de vendre à
perte. Pourtant, il y a quelques années, je me souviens des opérations
18H00 à 18 F (moins de 3 €) et ces jours là, les salles étaient pleines
à craquer. Aujourd’hui encore, quand c’est la fête du cinéma, les
salles sont bondées. C’est bien la preuve que le cinéma peut avoir un
public, mais à quel prix ? C’est là que le bât blesse. Dès que le prix
devient abordable, les gens se précipitent dans les salles et les
désertent dès la promo finie. Quand nos dirigeants comprendront-ils que
le problème du piratage ne se règlera pas sans baisser le prix des
produits convoités ? Plus les prix du cinéma vont monter, plus le
piratage ira en augmentant. Le cinéma est dans une logique économique
inadaptée au marché et aux capacités technologiques du moment. Le
cinéma veut fait faire payer au citoyen son incapacité à suivre
l’évolution technique.
Et la musique ? Parlons-en ! C’est exactement la même logique que le
cinéma mais en pire. Ce n’est pas la première fois que le problème se
pose. Petit retour en arrière s’il vous plait. En 1963, Phillips met
sur le marché les premières cassettes audio en même temps que le
premier magnétophone. Très vite, ce dernier devient enregistreur et le
« bordel » commence. Les maisons de disques crient au scandale et
demande la suppression des enregistreurs. En effet, elles affirment que
les gens vont enregistrer les musiques à la radio et que les ventes
vont s’effondrer, ce sera la fin de la création ! Le même slogan
qu’aujourd’hui, il y a plus de 40 ans. La cassette a vécu, le marché ne
s’est pas écroulé, la création a continué de plus belle. Au début des
années 80, une nouvelle machine diabolique apparaît sur le marché.
C’est le lecteur CD, encore une innovation signée Phillips. Quelques
temps après, les premiers graveurs déboulent et ça repart comme en 14 !
C’est la fin du métier, la fin de la créativité, la fin de tout, il
faut interdire les graveurs. Force est de constater que la création est
toujours là, les maisons de disques aussi du reste ! Je signale au
passage que le cinéma nous a fait le même plan avec les magnétoscopes,
qui allaient tuer le cinéma et avec la télévision qui elle aussi en son
temps a été accusé de vouloir tuer le cinéma et qu’il ne fallait pas
passer de film sur le petit écran pour que les gens aillent voir les
grands écrans.
A chaque fois, nous constatons quoi ? Que suite à une inadaptation
manifeste d’une industrie face au monde dans lequel elle vit, elle crie
au massacre et cherche à stopper l’évolution technique plutôt que de
l’intégrer dans son schéma de vente. Pourtant cela n’est pas
impossible. Je vais vous donner un exemple mondialement connu : Apple
et Apple Store. Ce dernier vend de la musique en ligne. Cette dernière
ne peut se lire que sur les iPods et autres iPhones. Pourtant, en dépit
d’un système totalement propriétaire, Apple Store gagne beaucoup
d’argent. En dépit du prix non négligeable, les iPods et autres iPhones
se vendent comme des petits pains. On peut donc faire de gros bénéfices
et innover sans problème à condition d’être capable de se remettre en
question et de voir le monde tel qu’il est ! Apple l’a bien compris et
génère de gros profits. Les autres sont encore dans les concepts
anciens et refusent toute évolution en préfèrent rejeter la faute sur
les consommateurs qui n’ont pas les moyens de payer des prix
exorbitants. C’est tellement plus facile de rejeter la faute sur
l’autre.
Quel est le prix d’un CD audio ? Disons entre 15 et 20 €. Ne
trouvez-vous pas cela cher ? Surtout si vous ne voulez que 2 ou 3
morceaux. Sur Apple Store, le morceau coute 1 €. Vous n’êtes pas obligé
d’acheter tout un album si vous ne voulez qu’un morceau. Vous pouvez
vous faire vos compilations vous-même pour un prix très abordable.
Personnellement, il y a bien longtemps que je n’achète plus de CD.
C’est trop cher pour moi. Alors quels choix restent-ils à ceux qui
n’ont pas ou plus les moyens d’acheter de la musique ? S’en priver ou
pirater ! Et c’est là que l’hypocrisie commence !
Les FAI
Tous les FAI (Fournisseur d’Accès Internet) ont à peu près les mêmes
arguments (sauf Orange dans les DOM). Avec nous, vous aurez le
téléchargement illimité ! Voila, le mot est lâché. Sans limite mais à
condition de payer ! Elle est bien bonne celle là. Parce ce pour ce qui
est de payer, on paye déjà pour les droits d’auteurs.
- Quand vous achetez un disque dur externe, vous payez une taxe pour les droits d’auteurs
- Quand vous achetez un téléphone portable qui a la fonction baladeur, vous payez
- Quand vous achetez des CD ou des DVD vierges vous payez
- Quand vous achetez une clé USB, vous payez
- Quand vous achetez un ordinateur, vous payez
La liste s’allonge chaque mois un peu plus. A terme, touts les supports numériques seront taxés. Comme vous le voyez, les droits d’auteurs sont partout. Mais là encore, il y a un problème. La plupart des musiques ont des DRM. C'est-à-dire des systèmes anti-copie. Hors en droit français, il existe la possibilité de faire une copie dite « privée ». Avec les DRM, vous ne pouvez pas faire cette copie. Ainsi, un CD ou une musique achetée en ligne ne pourra pas être écouté sur tous les supports de la maison. Fini le temps ou un morceau acheté pouvait être écouté sur la chaine, dans la voiture, dans la maison de campagne, sur le baladeur, le votre ou celui des enfants, sauf si vous piratez ! Un jour j’ai acheté une CD de Placebo. Quand j’ai voulu le convertir en MP3 pour le mettre sur mon baladeur, je me suis fait jeter. Résultat, je n’ai plus jamais acheté d’album de Placebo. Qui est le perdant dans l’histoire ? Pour mettre mon album acheté légalement sur mon baladeur, j’ai été obligé de télécharger une version piratée, un comble ! J’ai payez près de 15 € (prix du CD de Placébo) pour en arriver à ce triste résultat. J’aurai piraté dès le départ, cela aurait été plus simple. Et je ne parle pas des CD qui ne passent même pas sur les chaines Hi-fi qui n’ont pas la décence d’être récentes. Mais ça, c’est une chose que les « majors » refusent de comprendre. Tout ce qu’elles voient, c’est que leurs bénéfices sont en chute libre dans un système économique qui est totalement obsolète. Mais c’est plus facile de rendre l’autre responsable que de se remettre en cause.
En conclusion
Ainsi donc, la riposte graduelle est une option que l’Etat veut mettre en place pour réduire de façon considérable le piratage, environ 70 %. Et là je rigole. Rien ne pourra vous empêcher d’aller chez le copain et de copier tout son stock de CD ou DVD. De plus, pour l’instant, c’est surtout les réseaux Peer to Peer (PC à PC comme eMule par exemple) qui sont visés. Mais même là, ça ne va pas être de la tarte pour l’HADOPI. En effet, le piratage, c’est comme la prostitution. Je m’explique. Quand les dames de petite vertu investissent un quartier, que fait la police. Elle fait des descentes, encore des descentes et toujours des descentes jusqu’à que ces dames aillent ailleurs et que les plaintes de voisinage cessent. Mais le problème n’est toujours pas réglé. La prostitution est toujours là, toujours moins sécuritaire, toujours encore plus dangereuse pour les prostituées mais pas pour les proxénètes qui eux s’en sortent beaucoup mieux ! Le piratage c’est pareil. Il se placera vers d’autres structures, d’autres serveurs mais le problème restera entier tant que les grosses industries ne comprendront pas la nécessité de baisser les prix de vente. Car c’est là qu’est le problème et pas ailleurs.