12 avril 2008
HOARAU, le 1er nom de la Réunion
article écrit par Patrick ONÉZIME-LAUDE
Président du Cercle Généalogique de Bourbon
Qui était donc le 1er HOARAU ?
Le 1er HOARAU s’appelait René HOARAU ou peut-être Régnault HOUARAULT. Le nom tel qu’on le connaît ici semble n’avoir pas été orthographié ainsi en Métropole et les recherches les plus récentes ont été vaines.
Il ne serait de HOARAU au monde que les descendants du 1er venu à Bourbon.René HOARAU était donc un jeune homme originaire semble-t-il du village de Menneville dans le département du Pas de Calais selon les pièces du procès de Vauboulon.Il serait né vers 1640 sous le règne de Louis XIII.
Parti de France pour l’Ile Bourbon il débarqua à Saint-Paul le 9 juillet 1665 sur le Taureau et épousa vers 1669 une petite calaisienne Marie BAUDE qui vécut entre 1654 et 1690.René HOARAU faisait partie donc des tous 1ers métropolitains établis dans notre île et le couple allait avoir 5 enfants entre 1670 et 1682.Le couple HOARAU-BAUDE sera à l’origine de tous les HOARAU (A U, E A U, H O U A R E A U) de notre île.
On sait que dans les familles établies aux Iles, il était fréquent de donner un surnom aux fils selon les diverses branches qu’ils formaient.
C’est ainsi que l’on a pu retrouver des HOARAU DUCAP, DUROCHER, DUREMPART, DUPASSAGE des HOAREAU LAROCHE, ROCHECOURT, BOIS JAUNE, BEAULON, MONTCLAIR, GRANDCOURT, CHAMPVERT, PRÉCOURT, RUEL, DESRUISSEAUX et LA SOURCE.
Ces deux dernières branches perdurèrent en HOAREAU DESRUISSEAUX et en HOAREAU de LA SOURCE, branche à laquelle appartient Mme Gilles de ROBIEN née HOAREAU de LA SOURCE épouse de l’actuel ministre de l’ Education nationale.
Le fils aîné de René HOARAU, Etienne I qu’on appelle aussi Etienne le Père surnommé par Antoine BOUCHER dans son mémoire comme la PERLE des CRÉOLES, naquit en 1670 et mourut à 59 ans, comme des dizaines de membres de sa famille dans la grande épidémie de variole de 1729.
Il se maria en 1ères noces avec la créole blanche Geneviève DENNEMONT qui lui donna 6 enfants et mourut en 1700 à 27 ans. Etienne se remaria quelques mois après avec une jeune créole franco-malgache de 13 ans Ursule PAYET (1687-1748) qui lui donna 15 enfants.
Ce mariage HOARAU PAYET fut le 1er d’une série infinie de mariages entre les deux noms les plus répandus à la Réunion.
De ses 21 enfants en deux mariages 8 n’eurent pas d’enfants, les 13 autres lui donnèrent 101 petits enfants. Son fils aîné Etienne le fils mourut à 40 ans dans l’épidémie de variole de 1729.
Déjà père de 13 enfants, il eut a son tour 104 petits enfants par 10 de ses enfants à avoir une postérité.
C’est dire le côté prolifique des HOARAU.
Aujourd’hui on trouve des HOARAU dans tout l’Océan Indien : Réunion, Maurice, Seychelles, Madagascar et Mayotte, mais aussi bien sûr en Europe, en Métropole et pays voisins, en Nouvelle Calédonie, Australie et en Nouvelle Zélande ainsi qu’au Canada.
A la Réunion, il est difficile d’échapper à un ancêtre HOARAU. Nous devons être sûrement plus de 30 % de l’île à avoir au moins un HOARAU parmi nos ancêtres.
Sont cousins par René HOARAU, les personnalités suivantes Roland GARROS, Paul VERGÈS, Jean Luc POUDROUX, Auguste LEGROS, Mgr Gilbert AUBRY et nombre d’autres grands hommes de notre département.
Le nom de HOARAU n’est donc pas près de disparaître de la surface du globe.
11 avril 2008
BÈGUE, un nom venu de Bretagne
article écrit par Patrick ONÉZIME-LAUDE
Président du Cercle Généalogique de Bourbon
Le cirque de Mafate
Le cirque le plus inaccessible de notre île a été peuplé par les noirs marrons qui s’y sont réfugiés au 18ème et début du 19ème siècle, fuyant les habitations où ils subissaient les mauvais traitements et surtout étaient privés du droit humain le plus essentiel celui de la liberté.
Ils y retrouvaient là un semblant de liberté comme dans leurs anciens pays d’origine Madagascar ou l’Afrique.
Pourtant peu de noms de famille sont parvenus jusqu’à nous et les familles les plus répandues sont les THOMAS et les BÈGUE.
Le patronyme BÈGUE
A l’origine, le 1er venu dans notre île était un jeune breton, natif du village de Pont-Croix en Finistère, à quelques dizaines de km de Quimper, et s’appelait Yves LE BÈGUE.
En fait son acte de baptême donne le nom de LE BESQ et quand on sait que QUE et GUE sont très proches sur le plan phonétique, on ne s’étonne guère que le nom soit devenu LE BÈGUE à Bourbon.
Baptisé le 1.11.1684 en l’église paroissiale de Pont Croix, il était le fils de Jacques LE BESQ et de Jeanne LE GOUILL.
Très tôt orphelin de père, il grandit en cette fin de règne de Louis XIV, entendit sûrement parler des colonies qui s’ouvraient au peuplement et décida de tenter sa chance.
Il prit donc la mer et débarqua en avril 1708 à Bourbon.
Installé à St Denis, il y fit connaissance avec un autre vieux breton installé lui depuis près de 40 ans dans l’Ile, Noël TESSIER, originaire d’Elven près de Vannes en Morbihan, qui avait épousé la 1ère femme née à Bourbon, la créole malgache Anne MOUSSE, fille d’un couple malgache du début du peuplement Jean MOUSSE et Marie CAZE.
Le 12 janvier 1710, le jeune Crucipontain Yves LE BÈGUE âgé de 25 ans épousait donc une de leurs filles, la jeune créole mulâtresse Jeanne TESSIER âgée de 13 ans et demi.
A cette époque, il n’était pas rare que des filles de 11, 12, 13 ans fussent mariées, le manque de femmes se faisant tellement ressentir.
Yves LE BÈGUE s’établit donc à St Denis et eut 15 enfants en 25 ans de mariage : 11 fils et 4 filles.
Néanmoins seuls 6 enfants se marièrent eurent une descendance.
Yves LE BÈGUE devint par son mariage, puis par acquisition un riche propriétaire terrien dans le Nord et l’Est de notre île.
En 1735, il possédait 23 esclaves, une concession de 102 hectares de terres, élevait des cabris, cochons, poules, oies et canards et il produisait des fayots ou grains, du riz et du mil.
Il cultivait aussi 8.000 caféiers en production et 3.500 autres jeunes pieds.
La famille prospéra et les enfants se marièrent.
Yves LE BÈGUE mourut avant 1765 vraisemblablement à St Denis.
L’aîné de ses fils, Michel, épousa une fille de St Paul Marie-Thérèse TÉCHER, fille de Manuel TEIXEIRA de MOTTA Indo-portugais et 1er habitant de la Possession.
Ce sont leurs petits-fils Spire, Michel III et Dronsin BÈGUE qui entre autres firent souche dans le sud et donnèrent les BÈGUE de St Pierre, St Louis et St Leu.
Pierre BÈGUE fit souche sur Ste Rose tandis que ses frères Jean et René LE BÈGUE eurent eux une descendance entre Ste Marie et St André.
Une des branches de Saint-André avec Yves-Denis fut à l’origine de l’établissement des BÈGUE dans le Cirque de Salazie dans les années 1840 et de là probablement vers le Cirque de Mafate accessible par le Col des Bœufs et celui de Fourche, soit dans un souci de désenclavement des hauts, soit faute d’avoir des terres à cultiver pour subsister.
Le nom de BÈGUE s’est ainsi répandu dans le Cirque de Mafate comme cela avait été le cas dans le reste de l’ Ile.